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dimanche 14 janvier 2018

L'empreinte de Frankenstein de Freddie Francis, 1964

L’EMPREINTE DE FRANKENSTEIN
de Freddie Francis
1964
Grande-Bretagne
avec Peter Cushing, Peter Woodthorpe, Kiwi Kingston, Duncan Lamont, Sandor Eles, Katy Wild
Film fantastique
84 minutes
Production Hammer films
aka The evil of Frankenstein
Box-office en France : 694 778 entrées
Synopsis :
Ville de Karlstadt et ses environs, au dix-neuvième siècle…
Le baron Frankenstein mandate un vagabond pour subtiliser un cadavre entreposé dans une cabane ; Frankenstein retire le cœur encore frais du macchabée et est sur le point de concrétiser son expérience, il est aidé par son assistant Hans…
Mais un ecclésiastique rentre chez Frankenstein et saccage tout son laboratoire !
Hans et Frankenstein sont contraints de s’exiler à Karlstadt d’où ils furent chassés une dizaine d’années auparavant ; ils arrivent dans la bourgade alors que se déroule une fête foraine et un carnaval ; ainsi, Frankenstein et Hans s’affublent d’un masque pour ne pas être reconnus ; dans une auberge, Frankenstein reconnait le bourgmestre et le chef de la police qui lui avait volé des choses précieuses et notamment une bague ; fou de rage, Frankenstein se rue sur le bourgmestre et provoque une esclandre !
Zoltan, l’hypnotiseur de la fête foraine, cache temporairement Hans et Frankenstein et ceux-ci parviennent à regagner le château, en ruines et dévalisé, où vécut Frankenstein…
Le baron y a gardé sa créature et une idée lui vint à l’esprit : faire appel à Zoltan pour hypnotiser et ramener à la vie la créature…
Zoltan accepte mais tout ne va pas se passer comme prévu par Frankenstein, Zoltan se servant de manière insidieuse de la force colossale de la créature à des fins personnelles et vénales !
Mon avis:
Troisième segment des “Frankenstein”  de la Hammer, cette fois ci réalisé par Freddie Francis (Terence Fisher ayant décliné la réalisation, blessé lors d’un accident de voiture), « L’empreinte de Frankenstein » n’en demeure pas moins très intéressant car le personnage central du film n’est pas la créature elle-même (il aura fallu pas moins de deux cents croquis pour l’établir) mais le Baron Frankenstein incarné magistralement par Cushing et là, l’acteur a mis le paquet !
Ça démarre à fond la caisse avec un pré-générique qui met direct dans l’ambiance et l’action ira crescendo au fil du déroulement du film ; peut- être que Cushing n’aura jamais été autant habité par son rôle que dans celui-là, il a des yeux de fou, se bagarre, bondit, ce rôle est autant physique que verbal pour lui, il instaure désormais son personnage clef de voûte de la Hammer, tout comme Van Helsing dans les films vampiriques qu’il tourna par la suite…
Le personnage de la mendiante muette (bouleversante Katy Wild) place même « L’empreinte de Frankenstein » au même niveau que les films de James Whale avec un côté touchant et totalement émotionnel (la créature guidée par la jeune femme rappelle "La fiancée de Frankenstein »), le second rôle de Zoltan, le charlatan hypnotiseur, sert de levier pour faire se diversifier l’intrigue qui prend un virage à 360 degrés avec les meurtres « commandés à distance », c’est une brillante idée scénaristique et tout tient la route dans l’histoire…
On est en plein dans la période faste, dans l’âge d’or de la Hammer avec « L’empreinte de Frankenstein » et ça se voit, tous les codes modernes sont déclinés de façon juste et le spectateur en prend plein les mirettes, Freddie Francis était l’assistant de Terence Fisher, tout ce qui lui a été enseigné pour une mise en scène réapparait à la perfection et il délivre un travail particulièrement appliqué et rigoureux…
« L’empreinte de Frankenstein » est un must absolu, il redonne de la nouveauté au mythe et surtout il ne trahit jamais l’atmosphère des précédents films, quoiqu’en disent les détracteurs sur le maquillage du monstre, c’est à appréhender au second plan, l’intérêt est mis beaucoup plus en avant sur le Baron Frankenstein et sa vie, ses antécédents, que sur le prétexte de la créature, le scénario est prioritairement mis sur Cushing…
Et surtout la petite muette, un personnage marginal qui fait fonctionner le côté « différent » voulu par Freddie Francis, il a gagné son pari et nous émerveille par sa mise en scène…
« L’empreinte de Frankenstein » est un pilier dans la continuité des films du mythe et la Hammer peut se vanter d’en avoir redonné vigueur et singularité, ne se contentant pas de resservir un énième Frankenstein basique, cette fois les coutumes volent en éclats et le rendu est sublime !
Elephant films a une nouvelle fois fait un excellent travail et l’image du blu ray est magnifique, tout comme les bonus avec Nicolas Stanzick, qui dissèque comme personne le film et le place dans son contexte, une mine d’or d’informations !
« L’empreinte de Frankenstein » est un chef d’œuvre essentiel si l’on veut bien comprendre le sens que voulait donner la Hammer aux films qu’elle produisait, c’est effectivement avec des films comme celui-ci que l’on peut juger de la qualité et de l’implication de la Hammer pour le cinéma fantastique mondial…
Immanquable !

Note : 9.5/10







La fille de Jack l'éventreur de Peter Sasdy, 1971

LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR
de Peter Sasdy
1971
Grande-Bretagne
avec Angharad Rees, Eric Porter, Jane Merrow, Dora Bryan, Derek Godfrey
85 minutes
Thriller horrifique
Production Hammer films
aka Hands of the ripper
Musique de Christopher Gunning
Synopsis :
Grande-Bretagne, à l’époque victorienne…
Le célèbre tueur en séries Jack l’éventreur vient d’assassiner une énième victime, il est pourchassé en vue d’être lynché, il a le temps de se réfugier chez lui et tue sa femme sous les yeux d’Anna, sa propre fille alors qu’elle a à peine sept ans, cette dernière est traumatisée à vie d’avoir assisté au meurtre sanglant de sa mère…
Une dizaine d’années plus tard, Anna est prostituée par Granny Golding, une fausse médium qui établit des séances de tables tournantes truquées avec des notables de la ville ; Elle propose à Monsieur Dysart, un riche parlementaire, de déflorer la virginité d’Anna moyennant une forte somme d’argent ; Anna lui résiste et s’ensuit une bagarre où Anna tue Granny en l’empalant sur la porte de la chambre avec un tison de cheminée…
Le psychiatre John Pritchard, qui attendait un fiacre devant la maison de Granny, a vu Dysart avant le meurtre, mais, à l’enquête de police, il le couvre afin de recueillir Anna pour l’héberger chez lui…
Pritchard sait pertinemment qu’Anna est coupable mais il veut étudier sa pathologie et essayer de la contrôler voire de la soigner…
Michael, le fils de Pritchard, arrive au domicile de son père, il doit épouser Laura, une jeune femme aveugle et leur mariage est imminent…
C’est alors qu’Anna, prise d’une crise, tue la gouvernante ; Pritchard essaie de camoufler le meurtre et cache le cadavre…
Il ne sera pas au bout de ses peines, Jack l’éventreur ayant pris possession de sa fille, Anna disparaît et atterrit dans un quartier chaud de la ville ; une prostituée, en vue de l’employer, l’emmène chez elle !
Mon avis :
Avec “La fille de Jack l’éventreur”, la Hammer a pris d’énormes risques en s’accordant la liberté de rediriger un mythe (celui du personnage de Jack l’éventreur) sur une histoire de possession avec sa fille, c’est un pari très osé mais réussi dans l’ensemble et encore vu nulle part ailleurs, c’est le gage de la qualité énorme des productions de la Hammer qui revisite intégralement tout le bestiaire du cinéma fantastique et, soyons francs, une nouvelle fois c’est un vrai régal…
Peter Sasdy emploie la thématique de la possession et l’illustre par des séquences à la violence frontale, le tout baignant dans une sensualité appuyée par le personnage d’Anna joué par la splendide Angharad Rees, frêle actrice au visage poupin, dont on ne soupçonnerait jamais le côté meurtrier lors de crimes bestiaux (sa force est justifiée par le fait qu’elle soit possédée par son père, l’ignoble Jack l’éventreur), Sasdy donne une grande crédibilité à son scénario avec une succession de plans séquences au timing imparable et vraiment passionnants…
Les personnages connexes (Eric Porter en tête) semblent envoutés par le charme et l’aura de la belle Anna mais sont inconscients du danger ; Pritchard souhaite même la guérir mais il est en plein rêve, ne se doutant pas de ce qu’il attend !
La mise en scène déploie des morceaux de bravoure avec un magnifique final dans une cathédrale et l’enchevêtrement des scènes lors des dix dernières minutes est bluffant, un peu comme un catharsis dont l’issue ne semble être que la mort, mort vécue comme une délivrance…
La musique de Christopher Gunning est par ailleurs magnifique, elle fait fonctionner le film comme une élégie et l’empathie se créée immédiatement pour la petite Anna, décalée totalement avec son environnement à cause de son trauma, elle gravite avec son regard psychotique que seul Pritchard pense pouvoir guérir et ramener à la raison…
Eric Porter est à la fois touchant et à côté de la plaque (on devine qu’il est fou amoureux d’Anna) mais la grande pudeur dont il fait preuve le contraindra à « couvrir » les crimes jusqu’à un blackout sans retour arrière, dont lui-même sera la victime…
« La fille de Jack l’éventreur » est un Hammer remarquable et il figure parmi les chefs d’œuvre de la firme britannique, n’étant pas un « Dracula » ou un « Frankenstein » mais une exploration, une nouvelle déclinaison originale du personnage de Jack l’éventreur par un biais fantastique différent, la possession…
Ça reste du très haut niveau et le film, encore de nos jours, fait preuve d’une modernité dans le découpage des plans avec moult cadrages à l’image en biais ; Peter Sasdy réussit ici un coup de maitre absolu…
Le blu ray Elephant films est parfait avec les bonus illustrant Alain Schlockoff qui donne un avis dithyrambique justifié sur le film…
« La fille de Jack l’éventreur » est un Hammer plus gore que d’habitude mais tout fonctionne à merveille dans ce film, que je vous encourage fortement à visionner, ne serait-ce que pour le jeu d’Angharad Rees,  elle brille dans son rôle de façon indélébile…
Note : 9.5/10








mercredi 10 janvier 2018

Wonder Woman de Patty Jenkins, 2017

WONDER WOMAN
de Patty Jenkins
Etats-Unis
2017
avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, Danny Huston
Film de super héros/aventures
141 minutes
Budget : 149 000 000 dollars
Recettes au box- office : 821 900 000 dollars
Synopsis :
Au début du vingtième siècle, au cours de la première guerre mondiale…
Diana vit dans le peuple des amazones sur l’ile de Themyscyra, sa mère Hippolyta souhaite en faire une guerrière, elle lui apprend dès son plus jeune âge à combattre, Diana semble très précoce et maitrise beaucoup le maniement des armes et l’équitation, arrivée à l’âge adolescent, elle déploie une force hors du commun et s’aperçoit qu’elle possède des super pouvoirs, elle peut rester en apnée des temps records et bondir dans les airs en volant…
Arrive Steve Trevor, un pilote espion de l’armée britannique dont l’avion s’échoue non loin du lieu où se trouve Diana, cette dernière vient à son secours et le sauve de la noyade…
Comme portée par un désir d’aider Steve Trevor et de sauver une humanité en déclin, Diana prend le parti pris fou de le suivre sur le continent, elle arrive donc à Londres après un périple en bateau…
Trevor retrouve ses amis combattants, alliés dans l’armée britannique, Sameer et Charlie ; il explique à Diana que les belligérants de l’armée allemande, Isabel Maru surnommée Docteur Poison et le général Ludendorff, deux gradés très dangereux et sans pitié, préparent une extermination de la population par un gaz toxique !
Diana se rend dans les tranchées et comprend la dangerosité du projet de Ludendorff, elle a une grande empathie pour les villageois condamnés à une mort certaine et imminente…
Sameer, Charlie, Trevor et Diana s’introduisent dans un palais où l’armée allemande donne un congrès, ils espèrent trouver et contrecarrer les plans de Ludendorff et Maru…
La tâche s’avère plus compliquée que prévue, Ludendorff inhalant un gaz créé par Isabel qui booste sa force ; lors d’un combat, Diana parvient tout de même à le mettre hors d’état de nuire…
Croyant avoir le champ libre, Diana n’est pas au bout de ses peines ; c’est alors qu’Arès, le dieu de la guerre, apparaît pour lui barrer la route !
Un combat titanesque s’engage alors…
Mon avis :
Intronisé par Lynda Carter à la fin des années soixante-dix, le personnage de Wonder Woman est revisité et modernisé en 2017 avec la personnification nouvelle de la sculpturale Gal Gadot, ex Miss Israel 2004 et qui officia dans les rangs de Tsahal pendant deux années ; à la plastique exceptionnelle, Gal Gadot donne également un jeu d’actrice solide et crédible doté d’une grande émotivité, c’est ce qui donne une grande densité à ce remix de Wonder Woman, moins nunuche que l’original tout en restant divertissant, mais avec un côté de distraction plus diversifié et plus ample…
L’idée de base de faire se dérouler le début du film sur la terre des amazones est très bien amené et donne un aspect mythologique et mystique aux origines de Wonder Woman, on s’identifie bien à son personnage et on la suit depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, la mise en scène de Patty Jenkins est très simple et pure, il y a très peu de violence mais bel et bien une volonté de nous rendre familier le personnage de Wonder Woman, sorte de super héroïne personnifiée par la belle Gal Gadot, mais avec un côté maternel humaniste qui sonne très juste…
Wonder Woman n’oublie pas cependant de combler les amateurs d’action et de film d’aventures, combinant les deux genres avec brio et les deux heures vingts passent comme une lettre à la Poste, servies par des décors somptueux et une reconstitution de la grande guerre alliant réalisme et rêve, en outre, le spectacle s’avère envoûtant et on est pris dans l’histoire de l’entame au dénouement…
Le personnage du pilote espion incarné par Chris Pine s’allie avec celui de Wonder Woman, et même si cette mini-histoire d’amour était immanquable, elle colle parfaitement au métrage sans mièvrerie et avec une tendresse qui nous manquait au cinéma ; Patty Jenkins donne une grande pudeur à son œuvre sans sombrer dans la lourdeur, du coup « Wonder Woman » est un film raffiné, un plaisir cinématographique simple et qui ne nous prend pas pour des imbéciles…
Au contraire des précédents films de super héros souvent pachydermiques, « Wonder Woman » consacre avant tout l’entertainment comme propos premier mais avec des effets LISIBLES et identifiables facilement, nous ne sommes pas abrutis lorsque l’on sort du visionnage et ce point positif est crucial dans la réussite de « Wonder Woman », c’est ce qui fait sa force et sa qualité, c’est sans nul doute LE meilleur film du genre depuis très longtemps…
L’aspect mythologique prend son essor lorsqu’apparait Arès, le dieu de la guerre, et les personnages de Docteur Poison et du général allemand Ludendorff personnifient bien les ennemis de Wonder Woman, mais aussi de l’humanité, Wonder Woman est « en mission pour le seigneur », pour remettre de l’ordre sur terre et pour sauver les malheureuses victimes de cette guerre terrible, elle s’impose comme rempart de sauveuse de l’humanité, ni plus ni moins, et cet objectif sera aidé par ses super-pouvoirs, décuplant ses forces pour qu’elle atteigne son but…
Magnifiquement mis en scène par une cinéaste très talentueuse (déjà responsable du superbe « Monster » avec Charlize Theron et Christina Ricci), au déroulé scénaristique exemplaire et aux effets spéciaux calibrés à la perfection, « Wonder Woman » est le meilleur spectacle de l’année 2017 et on n’a qu’une envie, le revoir très vite ; intelligent dans sa forme comme dans son fond et charismatique avec le corps sublime de Gal Gadot, « Wonder Woman » se dote de toutes les qualités nécessaire pour s’ériger comme chef d’œuvre ultime du film de super –héros post années deux- mille dix…
D’une force, d’une sincérité et d’une vigueur/rigueur imparables, c’est sans nul doute un des meilleurs films fantastiques de ces dix dernières années toutes déclinaisons du genre confondues,  un Must have à visionner absolument !

Note : 9.5/10









mardi 2 janvier 2018

Le manoir maudit d'Antonio Boccaci, 1963

LE MANOIR MAUDIT
d’Antonio Boccaci
aka Anthony Kristye
1963
Italie
avec Annie Alberti, Marco Mariani, Adriano Micantoni, Flora Carosello
84 minutes
Fantastique gothique
DVD édité chez Artus films
aka Metempsyco
aka Tomb of torture
Synopsis :
Une ville d’Europe, au milieu du vingtième siècle…
Le prince Raman, un maharadjah, vit dans un manoir cossu qui surplombe la ville ; ce lieu est l’objet de superstitions de la part des habitants et certaines jeunes filles s’y aventurent à leurs risques et périls ; le prince était destiné à épouser la comtesse Irène mais celle-ci disparaît mystérieusement, ce qui amplifie les doutes de la population sur ce manoir considéré comme « maudit »…
Plusieurs années après, le docteur Darnell, un médecin austère, décide de partir en villégiature avec sa jeune fille Anna, Darnell veille sur elle et lui interdit toute sortie, craignant qu’elle ne fasse de mauvaises rencontres…
Darnell et sa fille prennent possession… du manoir de Raman !
Elizabeth, la gouvernante, est stupéfaite lorsqu’elle voit Anna ; c’est le sosie de la comtesse Irène dont tout le monde a perdu la trace !
Alors qu’elle se baigne nue dans un étang, Anna fait fortuitement la connaissance de Georg Dickson, un journaliste, c’est le coup de foudre !
Tout irait pour le mieux et de façon idyllique jusqu’au jour où Anna et Elizabeth descendent dans les sous- sols du manoir ; ils y découvrent un homme au visage atrocement mutilé et des cadavres de femmes dans une chambre de tortures !
Le monstre s’est introduit dans le manoir par un passage secret situé dans les buissons attenants…
Lorsque Darnell se rend compte que sa fille a disparu, il part à sa recherche, aidé par Dickson…
Lorsque les deux hommes arrivent au passage secret, ils entendent les cris d’Anna…
Il est peut-être déjà trop tard !
Mon avis :
Houhou le nanar ! alors là on est en présence d’un film historique, le premier nanar de gothique italien jamais référencé !
Acteurs non-professionnels raides comme des balais, incohérences scénaristiques à la pelle, aucune conviction, aucune direction d’acteurs, c’est le seul et unique film d’Antonio Boccaci et quand on visionne la chose, on comprend pourquoi !
On a bien du mal à y croire et pourtant l’histoire, entre les mains d’un Bava ou d’un Freda, aurait pu atteindre des sommets (on est en plein âge d’or du gothique italien en 1963, tout le monde nous pond des chefs d’œuvre du genre … sauf celui-ci !)…
Vous l’aurez aisément compris, il n’y a rien à sauver dans ce « Manoir maudit », le « monstre » est affreux (on dirait le professeur Adams du « Panic » de Tonino Ricci sorti deux décades plus tard), l’actrice qui joue le double rôle de Irène/Anna n’a aucun charisme (un comble !) et le manque de moyens financiers évident y est pour beaucoup dans le naufrage du métrage…
A la moitié du film (vers la cinquantième minute) il y a une grosse perte de vitesse dans l’histoire et on est pris de multiples baillements, il faut attendre le dernier quart d’heure pour assister à des « bagarres » (laissez- moi rire !) avec le monstre et une cascade à quatre euros quand il prend appui sur un lustre avant de se pendre, si vous voulez rigoler, matez « Le manoir maudit » c’est capilotracté du début à la fin et on hallucine en permanence, un mélange entre « Les trois visages de la peur » et « White fire » qui vaut son pesant de pistaches !
Fauché de bout en bout, « Le manoir maudit » c’est du lourd et on ne peut que remercier Artus films de nous avoir exhumé ce nanar très rare ; même l’excellent Alain Petit dans les bonus du DVD reconnaît que le film est pas terrible et a bien du mal à lui trouver des qualités, c’est dire…
Seuls les cinéphiles habitués aux nanars trouveront une jubilation en visionnant ce « Manoir maudit », c’est à eux que le film est destiné ; pour les puristes du gothique rital, « Le manoir maudit » se vivra comme un supplice, comme une « insulte » au genre…
Mais après tout, Boccaci ne demande rien à personne et fait son taf comme il peut et avec les moyens qu’on lui fournit…
« Le manoir maudit » est un peu l’ancien binôme du monumentalement nanardesque « Démence » de Gianni Martucci, sorti au début des années quatre-vingts, ceux qui ont vu ce film et qui l’ont apprécié, ruez- vous sur « Le manoir maudit », c’est du même tonneau !
LE film à voir entre potes avec bières et pizzas un vendredi soir pour décompresser de sa semaine, autrement il ne faut rien attendre de ce « Manoir maudit » sinon un modèle de poilade déviante pour cinéphiles tolérants et peu regardants…

Note : 3/10







dimanche 31 décembre 2017

L'horrible docteur Orlof de Jess Franco, 1962

L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF
de Jess Franco
1962
France/ Espagne
avec Howard Vernon, Diana Lorys, Jess Franco, Conrado San Martin, Richard Valle, Perla Cristal
84 minutes
Policier horrifique
DVD édité dans la collection Mad movies
Blu ray édité chez Redemption
aka Gritos en la noche
Synopsis :
Paris, 1912…
De très jolies filles de petite vertu sont kidnappées en pleine nuit et emmenées dans un château en ruines, où elles sont terrorisées et mordues au sang par un mystérieux individu de forte corpulence ; ces malheureuses sont ensuite emmenées en barque le long d’un canal pour atterrir dans la demeure du docteur Orlof, un ancien médecin qui travaillait dans une prison…
Le but d’Orlof est de mutiler la peau des belles jeunes femmes pour les insérer sur le visage de sa femme, Mélissa, au faciès gravement rongé par une maladie cutanée incurable…
Les enlèvements vont à vitesse grand V et l’inspecteur Tanner, sur le point de sa marier, est chargé de l’enquête, sa mission est double, arrêter le responsable des rapts et retrouver les victimes ou du moins leurs corps !
L’enquête piétine et malgré le fait d’avoir établi un portrait-robot du meurtrier et d’avoir convoqué une dizaine de témoins oculaires, les témoignages de ces derniers ne coïncident pas…
Tanner a alors l’idée de faire servir d’appât sa femme Wanda, celle-ci accepte…
Le docteur Orlof, amateur de soirées dansantes en cabaret, mord à l’hameçon ; il tente de droguer Wanda en lui mettant un soporifique dans sa coupe de champagne, mais Wanda parvient à déjouer le piège d’Orlof…
Wanda a juste le temps de noter un mot à Tanner sur une enveloppe avec son rouge à lèvres ; Tanner, dans un premier temps, ne lit pas tout de suite le mot de Wanda…
Morpho, l’assistant d’Orlof, un homme atrocement défiguré, violente Wanda et l’emmène de force chez Orlof…
C’est alors que Tanner lit le mot et fait la liaison avec Orlof !
Une course contre la montre s’engage alors !
Mon avis :
« L’horrible docteur Orlof » est un film historique et pilier dans la carrière prolifique du maitre Jess Franco, en effet, c’est le film qui intronise le personnage du docteur Orlof pour la première fois, et ce personnage sera revisité et remodelé des dizaines de fois par la suite, aussi bien par Franco que par d’autres cinéastes…
Qualitativement, « L’horrible docteur Orlof » est exemplaire et révolutionnaire pour son époque (nous sommes seulement au début des années soixante !) et Franco déploie un scénario sans failles avec des séquences inoubliables (la nuit est parfaitement bien exploitée), le personnage de Morpho est terrifiant (on dirait presque le Michael Myers du « Halloween » de Carpenter), quant à Howard Vernon il est déjà habité par son personnage et donne une touche classieuse de gentleman alors qu’il n’est ni plus ni moins qu’un psychopathe totalement allumé dans les desseins qu’il projette !
On trouve également dans « L’horrible docteur Orlof » les débuts sous-jacents de l’érotisme capiteux qui allait illuminer toute la suite de la carrière de Jess Franco, des poitrines dénudées, des filles érotisées à maxima et un sens appuyé de la libido dans certaines scènes (Franco bâtit tout son style cinématographique en une heure vingt- cinq, ses codes futurs sont déjà déclinés et entérinés !)…
Le scénario nous donne droit à de multiples rebondissements sur les origines des personnages (Morpho est un tueur en série déclaré mort en prison par… Orlof lui-même !), Franco bénéficie de somptueux décors et les personnages secondaires sont savoureux (Jeannot le clochard qui sera un élément clef pour l’enquête !), quant au final, il est flamboyant et déjà Franco prouve son talent au niveau de la technique pour filmer, l’issue est efficace et prenante, un peu comme à la manière des polars américains de l’époque…
Franco ne vole rien aux autres, il ne s’inspire de personne mais créée SON cinéma, celui qui allait devenir sa marque de fabrique, et tout fonctionne à merveille !
On ne ressent pas de Bavaïsation ni même d’autres influences (cela aurait été facile pour Jess Franco) non, il invente ses codifications, instaure sa manière de filmer comme il l’entend et son cinéma fonctionne au-delà de toutes les espérances…
Œuvre essentielle non seulement pour appréhender le cinéma de Jess Franco mais aussi l’intégralité du cinéma bis européen, « L’horrible docteur Orlof » est un film fabuleux, qui fera date dans l’histoire du cinéma d’exploitation des années soixante, on y découvre un cinéaste déjà très sûr de lui et qui allait, petit à petit, acquérir une grande notoriété auprès des cinéphiles habitués des salles obscures…
A la fois dense dans son atmosphère et basique dans son histoire, « L’horrible docteur Orlof », plus de cinquante ans après, n’a même pas trop vieilli, sa modernité laisse une empreinte indélébile…
Un pur régal et sans doute un des meilleurs films réalisés par Jess Franco, à voir et revoir avec un plaisir immense et une attention soutenue…

Note : 9/10






jeudi 28 décembre 2017

La nuit des maléfices de Piers Haggard, 1970

LA NUIT DES MALEFICES
de Piers Haggard
1970
Grande Bretagne
avec Linda Hayden, Patrick Wymark, Barry Andrews, Charlotte Mitchell, Michele Dotrice, Wendy Padbury, Tamara Ustinov
Film fantastique
95 minutes
DVD édité chez Artus films
Produit par la Tigon british films
aka Blood on Satan’s claw
Synopsis :
Un village de Grande Bretagne, au dix-huitième siècle…
Un jeune fermier qui labourait la terre d’un champ fait une curieuse découverte, il trouve une partie d’un ossement de crâne avec les yeux sortis des orbites ; c’est la panique, le jeune fermier prévient une  de ses amies, puis le juge du village !
D’étranges phénomènes se produisent, un peu comme si le diable avait pris possession des habitants de la bourgade ; ainsi, Margaret, une jeune fille, voit un corps étranger pousser sur sa jambe, une plaque de peau velue !
Une autre jeune fille, dévergondée et exhibitionniste, dévoile son corps au responsable du collège où elle est élève, l’enseignant repousse ses avances !
Il s’agit d’Angélique Blake et ce sera la première personne à être, de manière flagrante, possédée par un esprit satanique…
Une main avec de gigantesques griffes va s’intégrer sur le bras d’Angélique, comme si un esprit maléfique avait pris possession de l’entité de son corps ; non seulement la possession n’est plus que mentale mais elle devient physique !
Angel Blake va « contaminer » tous ses camarades et ces derniers se réunissent en pleine forêt pour effectuer des messes noires où ils invoquent Satan…
Margaret sera alors sacrifiée lors d’un viol collectif !
Il s’agit de sorcellerie, seul le juge pourra éradiquer ces abominations, il fait appel à un de ses confrères, l’inquisiteur !
Angel Blake est déchainée, seule une purification parviendrait à la guérir…
Alors que tous les suppôts de Satan sont au centre de la forêt, l’inquisiteur, le juge et des villageois non contaminés armés de lances et de torches enflammées prennent d’assaut Angel et les autres !
Parviendront-ils à éradiquer cette malédiction ?
Le naturel remplacera t-il le surnaturel ?
Le village redeviendra t-il calme et tranquille ?
Mon avis :
Petite cousine de la Hammer films et des productions Amicus, la société Tigon british est certes moins connue que ses illustres consoeurs mais a, néanmoins, sorti quelques films particulièrement intéressants dont cette « Nuit des maléfices » qui prend de grandes libertés avec les codes du fantastique d’outre- Manche mais s’avère plus appuyée que la Hammer, surtout pour la perversité ambiante dont elle fait preuve et l’atmosphère insolite qu’elle déploie…
Le personnage incarné par Linda Hayden (que l’on retrouvera dans un des « Dracula ») est très atypique, de par sa jeunesse et du fait qu’elle n’a pas froid aux yeux, son corps sublime et sa plastique envoûtante raviront les cinéphiles érotomanes et le passage où elle dévoile sa poitrine donne une plus- value énorme au film, qui baigne dans l’horreur organique avec des mutations génétiques qui ne sont pas sans rappeler les premiers films de David Cronenberg (un parallèle avec « Frissons » n’est pas fortuit)…
Linda Hayden est la vedette incontestable du film mais les autres comédiens dégagent un fort charisme, eux aussi, et le spectateur est pris dans un tourbillon horrifique dont la tension ne se relâche jamais !
Cette histoire de possession satanique n’est pas simpliste et il s’y greffe bien d’autres éléments scénaristiques comme les conditions des paysans du temps de l’inquisition et toujours l’influence prégnante de la religion qui dirigeait en permanence les codes de vie des croyants ; de ce fait, il est intéressant de noter que l’inquisiteur n’est pas montré ou perçu comme un « bourreau » (comme dans « Mark of the devil ») mais plutôt comme quelqu’un de providentiel qui va tout remettre en ordre et chasser les forces maléfiques pour le bien de tous…
« La nuit des maléfices » est donc un film très intense, bien réalisé et doté de décors magnifiques (la forêt est particulièrement bien exploitée, à la fois lieu de nature et lieu étouffant) et ce métrage très rare se doit d’être réhabilité grâce à Artus films qui, une nouvelle fois, a fait un super boulot !
Tentative réussie de redorer le genre en innovant, tout en prenant de grandes libertés, « La nuit des maléfices », sans être un chef d’œuvre, est un film bougrement sympathique et qui prouve que le cinéma fantastique britannique avait de sacrés atouts et qu’il savait très bien les retranscrire et les mettre en valeur…
Pour les cinéphiles hammeriens, « La nuit des maléfices » est donc hautement recommandable !

Note : 8/10






lundi 25 décembre 2017

CHILDREN OF BODOM, focus sur leur discographie

CHILDREN OF BODOM
Groupe finlandais de métal mélodique
Children of Bodom est un groupe phare de la scène scandinave du métal death mélodique…
Ils débutent leur discographie en 1998 avec l’album « Something wild » mais allaient exploser l’année suivante avec « Hatebreeder » en 1999, considéré encore de nos jours comme leur meilleur album…
Et pourtant Children of Bodom, ce n’est pas que « Hatebreeder », il convient de s’attarder sur leur discographie car ils ont pondu d’excellents albums bien après et que leur carrière fulgurante est largement à la hauteur des attentes des métalleux, qui ne s’y trompèrent pas en érigeant Children of bodom au rang de groupe culte…
Suivra en 2001, un album fabuleux, incroyable dans ses sonorités, « Follow the reaper » qui contient des bombes qui allaient devenir des standards du groupes (« Hate me ! », « Bodom after midnight », « Everytime I die »), « Follow the reaper » est un disque hyper addictif et on peut l’écouter en boucle pendant des heures, tant le plaisir d’audition est magnifique !
En 2003 sort « Hate crew death roll » avec un morceau d’ouverture à fond les gamelles (« Needled 24/7 ») et des chansons d’anthologie (le final éponyme est à tomber par terre), c’est que du bonheur et Children of bodom, avec ce disque, entérine définitivement son  style, un mélange de death/thrash/black mixé à du mélodeath avec une touche symphonique et beaucoup d’utilisation de claviers…
Puis en 2005, Children of bodom prend une tournure radicale dans sa carrière avec le monumetal « Are you dead yet ? », des morceaux plus hargneux mais Alexi Laiho maitrise comme jamais son jeu de guitares et nous assène de soli et de plans rythmiques uniques en leur genre ; il intègre également des plans de métal industriel, notamment dans les intros de ses chansons, une fois de plus, une bombe !
L’album suivant est une nouvelle fois une pure raclée (on est jamais déçu avec Children of bodom) et « Blooddrunk » (littéralement « bourré au sang ») est certainement leur album le plus ambitieux et le plus risqué, il marque un tournant énorme à 360 degrés dans leur carrière avec même des intros limite proches de la techno (« Tie my rope »), mais cette fois ci ils accélèrent le rythme et la dextérité de Laiho n’est plus à démontrer (« Hellhounds on my trails », « Smile pretty for the devil » sont des tueries absolues !)…
Vient un album de reprises (« Skeletons in the closet »), encore une fois phénoménal qui reprend Trust/Anthrax, Sepultura, Iron Maiden, Slayer, Alice Cooper, Pat Benatar, Suicidal tendencies mais aussi… Britney Spears !
On est en 2011 et on pensait que COB avait tout fait, tout exploré, tout explosé et bien ils sortent LE meilleur album de leur illustre carrière : « Relentless reckless forever » !
C’est leur album le plus varié à ce jour, le plus appliqué et le plus mélodique également…
Aucune répétition mais des arrangements, des compositions qui atteignent le génie total !
C’est un album extrêmement complexe et diversifié qui fera date dans l’histoire du heavy metal ; tout métalleux digne de ce nom se doit de l’avoir écouté au moins une fois, il est extraordinaire !
En 2013, c’est un peu la déception avec « Halo of blood » malgré un retour aux sonorités black metal du début, mais qui tourne court !
« Halo of blood » est pas mal mais en deçà de ses prédécesseurs, le niveau a tellement été haut avec « Relentless » qu’ils ne pouvaient plus le surpasser…
En 2015 sort « I worship chaos » et l’impression est en demie teinte malgré la superbe reprise de Kenny Loggins « Danger zone », Laiho a toujours autant la pêche dans les partitions de guitares et s’en sort, une nouvelle fois, étonnamment bien !
On attend un nouvel album qui ne devrait pas tarder à arriver pour 2018…

Children of Bodom est un super groupe de métal, accessible à tous et vraiment intéressant !