Open Watching

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dimanche 24 septembre 2017

Contamination de Luigi Cozzi, 1980

CONTAMINATION
de Luigi Cozzi
aka Lewis Coates
1980
Italie
avec Ian Mac Culloch, Louise Marleau, Marino Masé, Siegfried Rauch, Gisela Hahn
95 minutes
Science- fiction
DVD édité chez Neopublishing
Musique des Goblins
Synopsis :
New York, début des années quatre-vingts…
Un immense cargo suspect semble être inoccupé, les forces de police le neutralisent et s’introduisent à l’intérieur du navire ; ils y trouvent des cadavres mutilés, comme déchiquetés et surtout, élément étrange, des sortes d’œufs verts ; lorsqu’un des membres de la police maritime touche un des œufs, celui- ci explose !
Stella Holmes, une directrice d’une organisation scientifique, interroge Tony Aris, le lieutenant de police rescapé ; ils décident de se rendre dans le port new-yorkais suspectant un trafic ; arrivés sur les lieux, une fusillade éclate et trois hommes décèdent en explosant, les œufs se comptant par centaines dans le hangar !
Stella retrouve Ian Hubbard, un ancien cosmonaute qui fit une excursion sur Mars, ce dernier avait fait des croquis d’œufs semblables à ceux arrivés à New-York ; Hubbard a sombré dans l’alcoolisme et semble réticent à aider Stella Holmes, il se rappelle de son collègue astronaute, Hamilton, Stella lui apprend le décès d’Hamilton…
Pour élucider cette histoire, Stella, Tony et Hubbard s’envolent pour l’Amérique du sud, dans le pays où sont fabriquées les plantations de café retrouvé sur les cartons qui enveloppaient les fameux œufs…
Tony Aris, le lieutenant de police et Hubbard sauvent Stella après que quelqu’un ait introduit un œuf dans sa chambre !
Chose incroyable : Hamilton vit toujours et il fomente un complot planétaire avec sa femme Perla de La Cruz !
Hamilton a rapporté quelque chose de Mars qui pourrait bien changer le destin de l’humanité !
Mon avis :
Mélange entre science-fiction et horreur pure avec des passages hyper gore, « Contamination » est un film qui frappe surtout par la rigueur de son scénario, Cozzi s’est particulièrement appliqué à rendre son histoire passionnante et très agréable à suivre, ce qui parait abracadabrantesque au départ devient limpide une fois la mosaïque dévoilée, et les frissons s’imprègnent chez le spectateur surtout à la fin lorsque Hamilton explique d’où provient l’origine des œufs et du monstre qu’il garde caché…
Très efficace, « Contamination » donne la part belle à des SFX appuyés par des ralentis pour bien les savourer et ça barde !
Immense plaisir de retrouver l’inénarrable Ian Mac Culloch, vu notamment dans deux films de zombies fleurons des années quatre-vingts (« Zombi Holocaust » de Girolami et « L’enfer des zombies » de Fulci), son rôle tient bien la route et l’acteur est une nouvelle fois attachant et crédible ; on retrouve aussi Louise Marleau mais Cozzi aurait voulu Caroline Munro à sa place, souhait refusé par la production…
La musique des Goblins est sublime et subliminale, Mattei la réutilisera pour son « Hell of living dead » tourné la même année, c’est un score hypnotique qui apporte beaucoup au déroulement du film, lui donnant un aspect envoutant et onirique…
Exemplaire dans son déroulement, « Contamination » est relativement un film grand public, ici pas de méchanceté ni de malveillance, mais un récit d’aventures et de science-fiction bien trempé où l’on plonge dès les premières minutes pour ne jamais décrocher jusqu’à l’épilogue…
Cozzi reconnaît lui-même s’être inspiré d’ »Alien » de Ridley Scott et a voulu surfer sur son succès, objectif atteint puisque « Contamination » fut une énorme réussite au box-office, malgré qu’il ne se déroule pas dans l’espace (sauf lors des flashbacks de Hubbard), l’action est bel et bien sur Terre, avec des « aliens » représentés par les fameux œufs verts et la créature finale assez croquignolette et ne provoquant aucun effroi…
L’action ne faiblit à aucun moment et on prend un réel plaisir à suivre « Contamination », le périple en Amérique du sud apportant un côté exotique et carte postale fort bienvenu, toujours avec ce soin pour les décors, la production a mis l’argent sur la table et le film a été tourné en décors naturels, en Colombie notamment, le rendu en jette !
Le DVD sorti chez feu Neopublishing est, quant à lui, impeccable et encore trouvable facilement sur le net, donc ne boudez pas votre plaisir et foncez ! « Contamination » est un film de SF horrifique à voir, tous les publics s’y retrouveront…
Un témoignage de ce qui se faisait de mieux à l’époque et dans ce genre, aujourd’hui révolu et c’est bien dommage !

Note : 8/10








samedi 23 septembre 2017

PANIC de Tonino Ricci, 1982

PANIC
de Tonino Ricci
aka Anthony Richmond
1982
Italie/Espagne
avec David Warbeck, Janet Agren, José Lifante, Franco Ressel, José Maria Labernié, Roberto Ricci, Miguel Herrera
Nanar gore grindhouse
90 minutes
aka Panico
aka Bakterion
Musique de Marcello Giombini
Edité en VHS chez MPV vidéo
A sortir en blu ray chez Code red
Inédit en DVD en France
Synopsis :
Londres, début des années quatre-vingts…
Dans un laboratoire scientifique de la ville, une bactérie se propage sur des rongeurs qui deviennent fous et s’entretuent ; Jane Blake alerte les services de sécurité mais malheureusement le Professeur Adams, qui se trouvait sur les lieux, est contaminé et se retrouve avec le visage brûlé par le virus, il s’échappe du bâtiment !
Bientôt des meurtres atroces secouent la ville et ses environs et Adams est le supposé responsable ; le capitaine Kirk est chargé de résoudre l’affaire, avec Jane Blake, la seule personne à avoir vu Adams pour la dernière fois, il se rend au domicile du scientifique, il y trouve des cannes à pêche et un cadavre pendu par les jambes au plafond, le corps ensanglanté…
Le capitaine de police Kirk, ainsi que ses supérieurs le sergent O’Brien et le colonel Rudrige, sont confrontés à un dilemme puisque Milton, le scientifique industriel chef d’Adams, veut étouffer l’affaire, pensant qu’une panique risque de mettre Londres dans le chaos le plus complet…
C’est bien Adams, devenu un zombie mutant, qui tue sans relâche, il zigouille principalement des jeunes femmes ; les spectateurs d’un cinéma, les enfants de chœur d’une église sont terrorisés par ce monstre qui pousse des cris atroces dès qu’il arrive sur les lieux de ses forfaits…
Alors que la ville se retrouve en quarantaine, Kirk retrouve la trace d’Adams, il est cloitré dans les sous-sols des égouts !
Lourdement armé et aidé d’un policier, Kirk va mener une traque impitoyable, tout en évitant d’être lui-aussi contaminé…
Mon avis :
Tonino Ricci (nommé Anthony Richmond pour l’occasion, les anglicismes étant plus faciles pour exporter le film) n’en est pas à son coup d’essai, c’est un artisan du bis assez exigeant et toujours prêt à satisfaire les spectateurs, son « Bermudes, triangle de l’enfer » sorti en VHS chez South Paciifc vidéo a marqué tous ceux qui l’ont visionné, Ricci étant assez pointu dans sa manière de diriger ses films….
Ici avec « Panic, l’efficacité semble être le maitre mot et Ricci est très pragmatique, dès les cinq premières minutes, toute la trame du métrage est établie ; c’est un bonheur de retrouver David Warbeck, acteur génial parti prématurément, vu notamment dans « The beyond » de Lucio Fulci où il tenait le rôle principal avec Catriona Mac Coll mais aussi dans « The last hunter » de Margheriti, Warbeck est un habitué du grindhouse et il fait merveille dans le rôle du capitaine Kirk (hommage à Star Trek ?), son dynamisme et son charisme donnent une plus- value à « Panic » face à un mutant oppresseur au maquillage vraiment dégueu (les responsables des SFX se sont lâchés royalement sur la sauce tomate !), quant aux victimes elles sont pour les trois quarts des jeunes femmes et Ricci a compris le filon et les dénude tout le temps avant les meurtres (« Panic » c’est du gore et du sexe, ça n’arrête pas !)…
Un peu exagéré même, la scène de la douche n’est pas crédible, tout comme la séquence dans le cinéma (et Adams il fait comment pour s’y introduire ?), « Panic » se catégorise comme nanar à cause de ça, des passages un peu ridicules mais l’ensemble reste tout de même sacrément sympathique !
Dans le fond l’histoire ne tient pas la route une seule seconde mais dans la forme Ricci a mis le paquet niveau action et du coup, on ne s’ennuie pas ; le scénario va jusqu’à mettre la ville en état d’urgence (!) avec militaires armés jusqu’aux dents menaçant la population (!!)…
« Panic » ça barde sec, on a là un film viril, presque sexiste (il faut voir le sort réservé aux femmes et comment le film les exploite) et Janet Agren fait un peu potiche, elle n’a pas été gâtée pour son rôle, Ricci s’axant plutôt sur David Warbeck, Agren étant vraiment placée au second plan…
L’issue avec l’avion prêt à bombarder la ville en cas d’échec est grossière et la maquette du bombardier est vraiment mal fichue, sinon Warbeck/Kirk s’en sort une nouvelle fois avec les honneurs et le professeur Adams nous gratifie de gros plans de son visage de steack haché putréfié, alors que pendant quasiment tout le film, on le voyait dans l’obscurité !
Film assez rare, « Panic » se dote d’une sympathie immédiate et ravira les amateurs de gore rital ponctué de sexe, il bénéficia d’une bonne réputation dans les videoclubs des années quatre-vingts où le film fut un franc succès….
On attend maintenant une sortie blu ray ou même DVD avec la piste française car malheureusement la qualité de la VHS est déplorable !
C’est toujours un plaisir de revoir David Warbeck dans un film, il rehausse l’intérêt que l’on a pendant le visionnage donc si vous aimez des films comme « Pulsions cannibales », « Nightmare city » ou même « Zombi 3 », alors foncez ! « Panic» est calibré pour vous !
Bruno Mattei aurait pu le réaliser !

Note : 7/10






dimanche 17 septembre 2017

Dracula prince des ténèbres de Terence Fisher, 1966

DRACULA PRINCE DES TENEBRES
de Terence Fisher
1966
Angleterre
avec Christopher Lee, Barbara Shelley, Andrew Keir, Francis Matthews, Suzan Farmer, Charles Tingwell
86 minutes
Fantastique
Produit par la Hammer films
aka Dracula Prince of darkness
scénario de Jimmy Sangster et Anthony Hinds d’après Bram Stoker
DVD édité chez Seven sept
Synopsis :
Dans l’Europe de l’Est au dix- neuvième siècle…
Deux couples issus de la famille Kent, composés d’Helen et Charles et Alan et Diana, décident de faire un périple en Transylvanie, dans les Carpates ; les jeunes gens se font dérober leur calèche et quelques minutes après la calèche revient vide !
Arrivés dans une auberge, les deux couples Kent sont mis en garde par le père Sandor, un moine ecclésiastique revenu de dehors et transi de froid, il ne faut surtout jamais se rendre au château de Vlad Tepes, alias le Comte Dracula, ce lieu étant maudit !
Helen, Charles, Diana et Alan n’ont que faire des dires du père Sandor et se rendent tout de même dans ce mystérieux château…
Dès leur arrivée, le terrifiant majordome leur confirme que Dracula est bel et bien décédé et que ce dernier n’hante plus les lieux….
Alors que Diana fait des cauchemars, Charles Kent trouve un passage dérobé le long d’un rideau, il descend un escalier secret et découvre un cercueil dans le sous-sol !
Ce n’est autre que celui du Comte Dracula !
Diana, Charles, Alan et Helen Kent sont tombés dans un piège et auraient dû suivre les conseils avertis du père Sandor !
Le cauchemar peut alors reprendre son cours, c’est lorsque Charles est pendu et mutilé que son sang va ressusciter Dracula…
Mon avis :
Suite directe et logique du « Cauchemar de Dracula », « Dracula prince des ténèbres » est une nouvelle fois un régal absolu avec la Hammer’s touch qui culmine ici à son apogée, Terence Fisher prend tout son temps pour bien implanter ses personnages et Dracula, hormis le prologue, n’apparaît qu’au bout de trois quarts d’heure, sa résurrection est une nouvelle fois très habile et originale, et même plus gore qu’à l’accoutumée, dès lors il peut se livrer à ses exactions sanguines et vampiriques et ce, pour notre plus grand plaisir !
Comme dans tous les Hammer, un soin énorme est déployé pour les décors qu’ils soient d’intérieur ou extérieurs, les actrices sont dotées d’un charme certain et Christopher Lee s’emploie à les terroriser et à NOUS terroriser, l’icône qu’il représente est désormais reconnaissable entre mille et la légende se poursuit une nouvelle fois…
Une seule erreur dans le film, une erreur dans le script qui donne lieu à un faux raccord de folie : lorsque Diana et Alan quittent la salle à manger du château de Dracula ils sortent en ouvrant… la porte de la cabane !
Sinon rien à rajouter, l’histoire est très bien amenée, la dynamique dans l’angoisse est parfaite et on est immergé dès le début avec un plan séquence qui n’est pas sans rappeler celui de « Twins of evil » tourné quelques années plus tard, avec une jeune femme possédée, mais cette séquence sert surtout pour entériner le personnage du père Sandor, protagoniste central du métrage qui apparaît et réapparait dans l’intrigue et qui sert un peu de « repère » pour le spectateur…
Avec un scénario signé notamment Jimmy Sangster, illustre réalisateur et collaborateur à maintes reprises des studios de la Hammer, « Dracula, prince des ténèbres » brille par son originalité et son sens absolu de vouloir renouveler le mythe de Dracula voire de le régénérer, exactement comme lors des séquences où il revient à la vie…
L’issue est très impressionnante et amène directement à sa suite « Dracula et les femmes » avec un Christopher Lee piégé sous la glace, ce passage est réellement génial et reste gravé dans la mémoire de tout cinéphile !
Quant au DVD sorti chez Seven sept, il est tout à fait honorable et la qualité de l’image est nette, avec un plein écran qui sert le film, bref du très bon travail !
« Dracula prince des ténèbres » est un segment essentiel de la saga Hammerienne des « Dracula », sa qualité est indiscutable et le plaisir procuré en le visionnant est net et réel…
Il est indéniable que tout cinéphile fan de films de vampires se doit de regarder « Dracula prince des ténèbres », il y trouvera son compte et pourra une nouvelle fois apprécier le mythe incarné par Christopher Lee comme il se doit…
Immanquable !

Note : 9.5/10






2046 de Wong Kar Wai, 2004

2046
de Wong Kar Wai
2004
Hong Kong
avec Tony Leung, Gong Li, Zhang Ziyi, Faye Wong, Maggie Cheung
Drame/Science fiction
129 minutes
Synopsis :
Tout comme Jean Rollin (même si les deux hommes n’ont aucun rapport ou lien direct), Wong Kar Wai utilise l’écriture automatique pour concevoir ses films, donc il est très difficile de résumer l’histoire ou le scénario de 2046, Kar Wai n’ayant lui-même écrit aucun script pour le réaliser mais a imbriqué les séquences tournées une fois son film achevé (avec au passage les trois quarts des plans balancés à la poubelle !)…
En gros, Chow Mo Wan, un homme embarque dans un train futuriste vers le pays ou l’année appelée « 2046 » afin d’y retrouver une ou des femmes, ces dernières se nomment Bai Ling et Su Li Zhen, Su Li Zhen étant deux femmes à la fois mais à des périodes différentes…
Chow Mo Wan joue son destin avec des cartes et se fait souvent manipuler par le charme de ses rencontres, les femmes l’hypnotisent !
Lors d’un voyage, il rencontre une androïde, Wang Jing wen, et pour finir il croise une femme vêtues de noir surnommée la Mygale…
Su Li Zhen semble être le seul et ultime amour de Chow, qui passe d’une époque à l’autre, d’une sphère à l’autre, le film se déroule sur un siècle entre 1946 et 2046 et il y est aussi question de politique après la rétrocession de Hong Kong en 1997…
Kar Wai nous fait naviguer dans un spectacle à la fois sexuel et onirique, qui se déroule la plupart du temps dans un hôtel…
Quel sera le but final de Chow et finira t-il par se satisfaire en amour ?
Le film tente d’apporter quelques éléments de réponse au dilemme de Chow…
Mon avis :
Wong Kar Wai a tourné ce « 2046 » avec une approche totalement en free style, du coup l’œuvre risquera d’en déconcerter plus d’un malgré des qualités visuelles formellement reconnues mais sur un aspect narratif décousu, ennuyeux voire carrément opaque…
Les liens entre les séquences sont cloisonnés avec comme seul repère le personnage de Chow Mo Wan (Tony Leung, excellent comédien) qui gravite entre plusieurs femmes, toutes magnifiques, mais on s’y perd un peu, les séquences sont répétitives et Kar Wai utilise des flashbacks très furtifs avec excès, les décors de l’hôtel sont sales, ce qui enlève quelque peu la magnificence attendue, venant d’un metteur en scène de sa trempe…
Le cinéma de Wong Kar Wai est selon moi très surestimé et la majorité des critiques de cinéma se paluchent comme des dingues à chaque sortie de ses films, et pourtant il n’y a souvent pas de quoi casser trois pattes à un canard, à ce compte- là Kitano est beaucoup plus solide et talentueux, il donne un cinéma plus simple et plus ample ; Kar Wai oublie cette humilité dans son cinéma et a tendance à délivrer un cinéma hermétique, profondément emmerdant, il s’enferme complètement dans son délire et nous cloisonne dans son style très et trop personnel ; en plus il cadre mal ses personnages au niveau de la technique, coupant le haut de leur tête en permanence, ce sont les bémols qui handicapent « 2046 », en plus d’un scénario inexistant avec une trame hyper schématique…
On est au début des années deux mille donc les effets de SF fantasy et numériques passent très mal maintenant, le film parait daté et a pris un énorme coup de vieux ; « 2046 » s’adresse à une frange de cinéphiles adeptes d’intellectualisme, il se situe à mi-chemin entre le drame, la science-fiction et le film d’auteur pur avec un sentiment hautain de la part de Kar Wai, qui rend souvent des séquences inaccessibles aux yeux de celui qui visionne son film, cela laisse une impression très spéciale ; « 2046 » y aurait gagné énormément à être plus ouvert et si Kar Wai s’était lâché vers un cinéma populaire, apparemment ce n’est pas du tout son objectif, il sait ce qu’il veut, le fait mais ne se soucie pas du reste ni du comment son film sera perçu au final, la sensation pour le cinéphile semble mitigée et je ne suis pas aussi catégorique que les critiques cinématographiques qui crient au génie, je trouve que le cinéma de Kar Wai n’a pas que des qualités, son hermétisme flagrant le rend singulier et insolite, mais pas tout le temps dans le bon sens…
La place des femmes dans « 2046 » est très grande, il y a des passages de sexualité frénétique, que reprendra une dizaine d’années après le film « Hotel Singapura » (les similitudes entre ces deux films sont flagrantes) ; l’aspect science-fiction à la « Blade runner » est placé, quant à lui, au second plan, Kar Wai se servant du levier fantastique pour accentuer la détresse du personnage principal qui semble malheureux et en quête de l’amour et de la plénitude amoureuse, quelques soient les lieux ou les époques où il se trouve…
« 2046 » demeure toutefois un film remarquable et fortement intéressant, il dévoile les caractères du cinéma hongkongais et ses facettes toutes multiples et pourra plaire aux cinéphiles les plus ouverts…
Il faut juste se laisser pénétrer par le style Wong Kar Wai et dès les premières secondes du film, on arrive aisément à voir si on adhère ou non à son « langage » cinématographique…
« 2046 » c’est du cinéma quitte ou double, ça passe ou ça casse….
L’intérêt du film est de nous faire découvrir un style de cinéma très exotique ; il faut voir au moins une fois un film de Kar Wai pour se faire sa propre idée sur la méthode qu’il emploie pour réaliser ses œuvres, et surtout, éviter de se faire parasiter par les avis des uns et des autres qui l’encensent systématiquement...
« 2046 » est un film expérience à voir sans à priori, c’est de cette façon que l’on pourra le savourer.
Note : 8/10






dimanche 10 septembre 2017

Le manoir de la terreur d'Alberto de Martino, 1963

LE MANOIR DE LA TERREUR
d’Alberto de Martino
1963
Italie/Espagne
avec Helga Liné, Gérard Tichy, Ombretta Colli, Leo Anchoriz, Iran Eory
Fantastique gothique
84 minutes
aka  Demoniac
aka Horror
DVD édité chez Artus films
Synopsis :
Fin du dix- neuvième siècle, une région du nord de la France…
Une diligence traverse la forêt pour se rendre au château de Rodrigue de Blancheville, à l’intérieur se trouve Emilie, la sœur du châtelain, Alice Taylor, une de ses amies qui a fait ses études avec elle et un autre homme…
Arrivée dans le manoir, Emilie constate que le personnel a été modifié, Eléonore, la nouvelle gouvernante, lui semble antipathique, c’est une brune ténébreuse qui est peu loquace ; Rodrigue informe Emilie du décès de leur père mais sans trop s’étendre sur les circonstances de sa mort, il règne dans le manoir un étrange climat où chacun suspecte l’autre…
Un soir, Emilie de Blancheville, entend un cri strident et monstrueux qui résonne jusque dans sa chambre, apeurée, elle monte des escaliers et découvre, dans le haut d’une tour du château, Eléonore faisant une piqûre à un homme difforme au visage brûlé et défiguré…
Rodrigue finit par lui avouer que leur père a finalement survécu à un incendie et qu’il erre dans les couloirs du château !
Rodrigue parle d’une prophétie qui dit que lors du vingt et unième anniversaire d’Emilie, cette dernière doit être tuée !
Son anniversaire a lieu précisément dans cinq jours…
Le docteur Lerouge, ne croyant pas un mot de tout cela, décide de veiller sur Emilie mais hélas d’autres mauvaises surprises attendent les occupants du manoir et il semble que cette prophétie soit en fait un stratagème machiavélique qui cache une vérité bien plus terrible !
Mon avis :
« Le manoir de la terreur » ( à ne pas confondre avec l’inénarrable film homonyme de Andrea Bianchi sorti en 1980) sort sur les écrans en 1963 alors que le genre gothique est déjà copieusement entamé avec les films de Mario Bava (« Le masque du démon ») ou Riccardo Freda (« L’effroyable secret du Professeur Hichcock »), on est en plein dans la vague du gothique stylé transalpin et tous les metteurs en scène s’y ont mis, de Mario Caiano (« Les amants d’outre- tombe ») à Camillo Mastrocinque (« Un ange pour Satan »), mais il ne faut émettre aucune réserve ni privilégier untel ou untel, il faut SAVOURER ce cinéma magnifique qui donne ses lettres de noblesse au genre gothique, sur une vue européenne, à l’instar de la Hammer films qui le faisait outre- Manche…
Ce « manoir de la terreur » est donc une tentative réussie et une œuvre à l’atmosphère unique, notamment lors de son début, avec cette forêt aux branches glacées par la pluie et les décors (même si le manoir est évidemment une maquette) sont flamboyants…
Le personnage central est celui d’Emilie mais viennent s’y greffer d’autres protagonistes auxquels on ne sait si on doit accorder la confiance ; les rebondissements sont de taille, surtout à la dernière demie- heure et le rythme ne faiblit jamais, le crédit donné au scénario est de plus servi par une interprétation excellente et exemplaire de la part des comédiens…
De Martino soigne la tenue de ses plans avec des cadrages filmés de haut, le film est un quasi huis clos hormis des séquences à l’extérieur notamment dans une crypte ; le levier scénaristique opère brillamment lorsque nous découvrons les véritables motivations de Rodrigue et là, ça glace le sang…
L’ensemble se suit très facilement et nous avons le plaisir de découvrir les recoins du manoir lors de séquences efficaces et qui mettent bien dans l’ambiance chère au gothique italien…
Les trois actrices principales sont belles et envoûtantes et lors de l’escapade nocturne d’Emilie, on a droit à une vue sur ses jambes par l’intermédiaire de sa nuisette diaphane, une trouvaille érotisante sans doute voulue par De Martino, qui pimente son film…
« Le manoir de la terreur » est un métrage gothique fantastique de très bonne facture qui, même s’il est moins connu que ses prédécesseurs, n’a rien à leur envier ; tous les codes du gothique sont respectés à la lettre et je ne vois pas ce qu’on pourrait trouver à redire sur ce film, à la fois baroque et épuré, riche et intrigant, glauque et envoûtant…
Une nouvelle fois, Artus films nous régale avec une édition DVD magnifique et toujours avec l’illustre Alain Petit aux bonus, qui nous fait comprendre tous les tenants et aboutissants du film et qui revient sur la carrière d’Alberto de Martino, nous apprenant des tas d’informations…
« Le manoir de la terreur » version 1963 contribue à sa manière à mettre une pierre à l’édifice créé par Bava et Freda et n’a aucunement à rougir par rapport à ses congénères, Alberto de Martino a signé là une grande réussite du genre, qu’il convient de visionner sans modération et avec la plus grande attention…
Un pur régal !

Note : 9/10






dimanche 3 septembre 2017

Dédales de René Manzor, 2003

DEDALES
de René Manzor
2003
France
avec Lambert Wilson, Frédéric Diefenthal, Sylvie Testud, Michel Duchaussoy, Tomer Sisley
100 minutes
Polar
Synopsis :
France, années deux mille…
Claude, une femme tueuse en série, a déjà assassiné vingt-sept personnes, le plus souvent au hasard de rencontres et avec un fusil à pompe qu’elle s’est procurée chez un armurier ; devant la dangerosité de Claude et, en attente d’être probablement incarcérée à perpétuité, elle est internée dans une unité psychiatrique pour malades gravement atteints…
Le docteur Brennac, un jeune psychiatre, a pour mission « d’interroger » Claude, cette dernière souffrant de troubles de personnalités multiples proches d’une schizophrénie sévère, les premiers entretiens sont souvent houleux, Claude s’enfermant dans sa pathologie et refusant de collaborer avec Brennac…
Parallèlement aux investigations de Brennac, Matthias, un policier chargé de l’enquête sur le plan judiciaire, essaie de remonter les pistes sur les meurtres de Claude en retournant sur les lieux des assassinats et en interrogeant les témoins…
Le psychiatre Karl Freud, responsable de la clinique où se trouve Claude, semble désemparé et les théories de Brennac ne le convainquent pas…
Malik, le collègue de Matthias, ne croit pas lui non plus aux résultats de Matthias, persuadé qu’il s’agit de délires et que l’enquête n’aboutira pas…
Brennac et Matthias rapprochent leurs élucidations sur un fait surprenant : Claude est fascinée par la mythologie grecque et calquerait ses crimes sur la légende du Minotaure, personnage fantastique, tout ce qui se rapproche à cette légende coïncide avec la motivation de Claude à tuer…
Mon avis :
Réalisateur culte de « 36 15 code Père Noël » et du « Passage » avec Alain Delon, René Manzor a tout fait dans « Dédales », de l’écriture du script jusqu’à la réalisation et son film est une claque totale !
Manzor nous balade complètement pendant une heure et demie jusqu’aux dix dernières minutes et là c’est la volée !
L’histoire de départ est fascinante et vraiment intéressante et dévie de ce que l’on avait l’habitude de voir dans un polar français, Manzor casse et réinvente les codes de ce genre à sa sauce, dirigeant de main de maitre ses comédiens tous très impliqués dans leurs rôles (formidable Sylvie Testud, elle aurait mérité un César !) ; l’aspect de la mythologie grecque apporte une plus-value indéniable aux mystères qui imprègnent le film et surtout : TOUT TIENT LA ROUTE !
Formidable rebondissement final, un peu comme dans le « Sixième sens » de Shyamalan et des décors très travaillés avec un plan séquence terrifiant dans les entrailles des égouts parisiens, on se croirait presque dans « Le silence des agneaux », la scène du garage !
Manzor arrive à amplifier la peur au fur et à mesure que le film avance, il va crescendo jusqu’aux révélations ultimes et même le plus aguerri des spectateurs de thrillers ne pourra cacher sa trouille, j’ai eu les poils qui se sont dressés !
Manzor a mis le paquet dans la pathologie de Claude et Testud nous plonge dans la psychiatrie de façon ultra réaliste, quelle performance !
Frédéric Diefenthal est, quant à lui, parfait en flic névrosé, peintre à ses heures perdues, et la folie qu’il dégage avec son physique incroyable (une barbe gigantesque, un regard de folie) donne déjà un aperçu de la difficulté de l’enquête qu’il a à résoudre…
Lambert Wilson est impérial et donne un côté un peu distant par rapport aux autres protagonistes, du moins c’est ce que Manzor, très habile, veut nous faire penser…
Ça fait quand même un bien fou de voir qu’à l’époque (on est en 2003) des réalisateurs français avaient encore l’inventivité, l’originalité et le talent pour nous pondre des films comme celui-là, Manzor a réalisé un sans- faute, parvenant à signer un thriller qui met vraiment le trouillomètre à dix mille et servi par des acteurs hors pair et qui croient en ce qu’ils font, pas là pour cachetonner bêtement comme la majorité des acteurs actuels qui ne pensent qu’au tiroir- caisse…
Véritable raclée cinématographique, « Dédales » plaira à tous les cinéphiles, à tous ceux qui veulent un cinéma NOUVEAU et aussi aux amateurs de trouille, parce que là on est servis !
Manzor a sorti une bombe…

Note : 10/10





Hotel Singapura d'Eric Khoo, 2015

HOTEL SINGAPURA
d’Eric Khoo
2015
Singapour
avec Choi Woo Shik, Josie Ho, Sho Nishino, George Young, Kkobbi Kim
90 minutes
Chronique sociale
aka In the room
Synopsis :
Un prestigieux hôtel de Singapour, sur une période d’un siècle, couvrant de 1940 à 2040…
Le film nous narre les pérégrinations des différents clients et occupants de la chambre numéro 27 de cet hôtel, que ce soit des prostituées et leur responsable qui leur inculque des règles formatrices pour mettre en valeur leurs atouts et leur beauté afin de séduire les hommes qu’elles vont rencontrer ou la mort par overdose letale de Vernon, un célèbre chanteur de musique pop, sa rencontre furtive avec Imrah, une femme de chambre, dont il tombe instantanément fou amoureux…
« Hotel Singapura » nous fait suivre également les tranches de vies de couples, qu’il soient hétérosexuels ou gays, ainsi nous rencontrons le jeune Min Jun, vierge de rapports sexuels et son amie Seo Yun, une jeune chinoise frustrée qui ne parvient pas à trouver l’orgasme malgré de nombreux partenaires ou Mariko, une superbe femme mariée dont son jeune amant est follement amoureux…
Puis le film bascule dans l’onirique et le fantastique par le biais de l’apparition de Vernon et Imrah en spectres et ce, jusqu’à l’issue du métrage où l’hôtel est devenu délabré et insalubre…
De nombreuses séquences de sexe rythment le film qui s’axe essentiellement sur les rapports de couples entre les protagonistes, tout y est montré sans esbroufe et de façon ultra réaliste, avec une musique raffinée et un sens de l’esthétique très appuyé…
Mon avis :
« Hotel Singapura » est une œuvre très singulière, un pur OVNI dans le cinéma asiatique et dans le cinéma tout court ; Eric Khoo nous transporte avec une grande finesse dans un festival de sexe et de luxure mais oublie d’être voyeuriste, le sexe en lui-même est le vecteur de l’histoire du film mais ne devient jamais la raison de racoler ou d’appâter, le sexe est le levier pour raconter de belles histoires, tantôt dramatiques tantôt oniriques mais toujours basées sur l’amour et la quête du bonheur…
Très émouvant et magnifiquement mis en scène, « Hotel Singapura » se suit de façon linéaire, les cadrages sont recherchés et le film évite le côté basique, se rapprochant presque du cinéma de Kitano, en plus frontal et moins lyrique, malgré une élégie certaine qui imprègne tout le film du début (les deux homosexuels qui doivent se séparer à cause de la guerre) à son issue (l’hôtel est devenu délabré et il ne reste que les spectres des amoureux Imrah et Vernon, sans doute l’histoire d’amour la plus atypique qu’on ait vue depuis longtemps)…
Eric Khoo a réussi son pari avec « Hotel Singapura », à savoir mélanger érotisme avec mélancolie, frustration avec frénésie, le tout baignant dans une grâce et une intelligence de traitement peu communes, nombre de réalisateurs se seraient plantés mais Khoo suit son chemin, sa ligne directrice et nous raconte son histoire sans jamais dévier dans le grivois, il s’attache et nous fait s’attacher à ses personnages, véritable panel de la société avec un éventail de toute la jeunesse folle et dissipée vivant pour le sexe ou… en souffrant aussi…
Œuvre méconnue et qui sortit en catimini en 2016, « Hotel Singapura » délivre une approche très intéressante de la société asiatique, c’est un film inhabituel dans le panorama du cinéma auquel il s’apparente que je vous recommande fortement, malgré des scènes parfois explicites qui risqueront de rebuter…
Le cinéma de Khoo est proche de celui de Larry Clark, il en est une déclinaison asiatique, il y a également un peu de Gaspar Noé dans « Hotel Singapura » mais sans la violence…
Dommage que le film n’ait pas été présenté à Cannes, il n’y a aucun doute qu’il aurait produit un grand effet sur les festivaliers et peut être raflé des récompenses…
« Hotel Singapura » est à l’image de sa rareté, un peu comme un joyau ou un bijou qu’il faut contempler dans son ensemble, l’impact de ce film se bonifiera avec le temps…
Du très grand cinéma !
Note : 8/10